The Full Picture / La Vision d’Ensemble

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Reste à "utilisateur le soin de tirer de l'analyse de ces différents indicateurs une projection globale pour le marché.

Un indicateur comme celui de Beckman est simple à lire : on rentre dans le marché quand R franchit la barre des 6 et on y reste tant que R ne tombe pas au-dessous de 3. Mais l'exercice est loin d'être toujours aussi simple.

La lecture d'indicateurs statistiques est un art difficile qui requiert du l'expérience. Souvent, sur des batteries de plusieurs dizaines (comme en tiennent les gourous de Wall Street, les réponses contradictoires. De plus, l'interprétation des signes lancés par des indicateurs de momentum et de sentiment varie souvent suivant la position du marché par rapport au cycle complet. Par exemple, concernant l’indicateur de PER de marché, une lecture trop élevée (au-delà de 20) peut être le fait de bénéfices déprimés (après une récession) et n'indique pas nécessairement une sur-évaluation fondamentale. Sachez enfin que certains indicateurs qui ont été très fiables dans le passé sont devenus d'un coup obsolètes car les conditions de marché avaient changé.

Tous ces éléments donnent donc la part belle à l'interprétation humaine. Le trait commun partagé par toutes les méthodes techniques d'aide à la décision boursière est qu'elles ne peuvent donner lieu à une lecture mécanique. Pour cela, il ne faudrait se fier qu'à une seule méthode. or, aucune méthode n’est infaillible et ces indicateurs lancent parfois des signaux opposés.

Martin Zweig est l'un des plus brillants gourous statisticiens d'Amérique. Il décrit son travail ainsi : "... il s'agit de conduire sur un parcours inconnu sans carte routière. Je ne sais pas où je vais. Tout ce que j'essaie de faire c'est de lire correctement les panneaux routiers, ne me demandez pas de vous dire ce qu’il y a au-delà du prochain virage .. ". Les indicateurs de marché sont des outils permettant de lire au fur et à mesure les informations fournies par les mouvements de marché. Ils envoient parfois de faux signaux et nous mènent à des impasses. D'autres fois, ils nous font faire des détours mais si nous suivons avec constance leur message, nous retournerons vite sur la bonne route.

Si Zweig, en homme prudent et bon statisticien, se refuse à voir au-delà du prochain virage, autrement dit au-delà du court terme, il est des méthodes l'objet est de déceler la tendance séculaire (à long terme). A cet égard, deux méthodes ont marqué l'histoire de l’analyse technique et sont toujours sur les marchés actuels. Il s'agit de la méthode de Charles Dow ou Théorie de Dow et de celle de Ralph Nelson elliott ou théorie de la vague d'Elliott.

Charles Dow (1851-1902), créateur des indices du même nom, a développé sa théorie sur les marchés boursiers à partir d'une analogie avec les océans. Comme les océans ont des marées montantes et descendantes, les marchés boursiers ont des phases longues (long terme) ascendantes et descendantes.

Comme les vagues successives des marées montantes vont sans cesse plus loin sur la plage et se rétractent moins loin sur le sable mouillé, les rallyes successifs d'un marché haussier ou bull dépassent les niveaux atteints par les rallyes précédents et les corrections s'écrasent au-dessus des corrections précédentes. Par cela, nous devinons qu'une tendance est en mouvement.

La théorie, présentée dans sa plus simple expression, lance des signaux de retournement qui découlent eux aussi de l'observation des marées. Sur une tendance haussière, nous aurons un retournement de tendance lorsque le rallye le plus récent ne dépasse pas le niveau du rallye précédent et, le reflux qui s'en suit casse le plus bas de la correction précédente

La théorie exige qu'une telle observation sur le dow jones Industrial soit confirmée par l'un des deux autres indices : soit le Dow Jones Transportation composé d'actions de vingt compagnies aériennes et de chemins de fer, soit le Dow Jones Utilities regroupant quinze compagnies régionales distributrices de gaz et d'électricité.

Ce dernier indice, très sensible aux variations des taux d'intérêt (les utilities américaines sont des valeurs de rendement) baisse en général avant le Dow Jones Industrial. Il a par exemple atteint son plus haut historique en août 1986, un an exactement avant le DJI.

Richard Russel, dans un article remarqué (Barron’s du 19 octobre 1987), a expliqué les raisons pour lesquelles l'indice des "Transportation" confirmait le 15 octobre le signal de retournement lancé par le DJIA le 9 octobre par la cassure de ses plus bas antérieurs à 2492. Cette confirmation de cassure enregistrée par le DJTA marque pour les disciples de Dow la naissance d'un marché baissier ou bear séculaire.

Cet exemple illustre bien le reproche adressé à cette théorie, qui a pourtant pointé avec une grande fiabilité tous les mouvements haussiers et baissiers (bull et bear) de l'histoire des bourses Américaines depuis la fin du 19ème siècle: le signal est lancé trop tard et la nouvelle tendance est déjà engagée. Le 15 octobre à 2355 points au Dow Jones (cours de clôture), le marché était déjà à deux mois et moins vingt pour cent de ses sommets d'août 1987.

Comment les principes de la théorie de Dow peuvent-ils être appliqués à l'analyse du marché français ?

Nous n'avons pas en France d'indices à base étroite, calculés par moyenne arithmétique simple, comme le sont les trois indices du Dow Jones. Est-ce à dire que les principes de base ne peuvent être appliqués à nos indices ?

La théorie de Dow, comme toutes les théories boursières, est une théorie empirique. Elle est fondée essentiellement sur l'observation. Rappelons qu'un signal de retournement du marché doit être lancé par au moins deux des trois indices. Un signal, uniquement sur le Dow Jones Industrial Average, n'est pas suffisant. Dans notre exemple où nous n'avons que deux indices à disposition. nous exigerons que chacun d'eux lance le signal de retournement.

Les deux graphiques suivants reprennent l’évolution comparée des deux indices de marché les plus « suivis » à paris en 1988 : l’indice CAC ( Compagnie des Agents de Change) et l’indice AGEFI (Agence Economique et Financière).

Ces deux indices ont enregistré des plus bas en fin d'année 1986 et début 1987, respectivement à 416 pour le CAC, et 353 pour l'AGEFI. Les plus hauts historiques seront atteints en mars-avril à 460,4 pour le CAC et 393 pour l'AGEFI.

Les corrections suivantes ramèneront les deux indices à respectivement 398 et 347 à la fin juin 1987 soit au-dessous de leurs plus bas précédents de 416 et 353 début septembre 1987. C'est un premier signe négatif. Les rallyes de l'été 1987 qui culmineront dans les tous premiers jours de septembre porteront nos indices autour de 436 sur le CAC et de 384 pour l'AGEFI soit au-dessous des plus hauts antérieurs de 460 et 393. La première condition de la théorie de Dow est donc vérifiée : sur un retournement à la baisse les derniers plus hauts n'atteignent pas les plus hauts précédents.

A ce point, l'analyste, suivant la théorie, n'attend plus qu'une seule confirmation : la cassure par le bas des niveaux 398 pour le CAC et 347 pour l'AGEFI. En enregistrant 395 le 12 octobre, l'indice CAC casse sa résistance. Il sera suivi par l'indice AGEFl lequel le 13 octobre cotera 345 points. La Théorie de Dow n'exige pas la simultanéité de la cassure sur les trois indices. Mais, nous agirons si le second des indices passe au-dessous de la barre du plus bas antérieur. En suivant la Théorie de Dow, le signal de retournement sur les indices CAC et AGEFI fut lancé le 13 octobre 1987, soit huit jours avant le krach.

Cette étude n'a pour vocation que d'illustrer la façon dont les Dow Theorist suivent les trois indices du Dow Jones. Si sur le Dow, la théorie s'est avérée fiable sur les retournements majeurs du marché New Yorkais, aucune étude n'a vérifié la fiabilité, sur Paris, du double signal CAC/AGEFI. L'étude à mener chercherait à déterminer le niveau de fiabilité historique de ce double signal sur le CAC et l'AGEFI. Pour cela, il nous faudrait avoir un accès facile aux séries chronologiques des indices français depuis leur origine... ce n'est certainement pas le cas aujourd'hui.

Nous sommes néanmoins en droit de penser que les signaux lancés par tout indice à large suivi comme le DOW ou le CAC et quel que soit son mode de calcul (à condition que ce dernier soit stable) peuvent être utiles pour confirmer les retournements de la tendance générale avec une bonne fiabilité.

Beaucoup ont fait le reproche à la Théorie de Dow de ne lancer que des signaux tardifs. Ce reproche concerne d'ailleurs tous les systèmes de TREND FOLLOWING (suivi de tendance), autrement dit, les méthodes qui cherchent à suivre et non à anticiper les tendances de marché. C'est le cas des moyennes mobiles sur lesquelles nous reviendrons par la suite.

Ce n'est pas le cas de la Théorie de la Vague d'Elliott qui, de toutes les méthodes connues, est la seule cherchant à anticiper les retournements de marché bien avant qu'ils ne se produisent.


Sommaire : Analyse technique

Contenu fournit par IB, société de formation bourse

Livre d'analyse technique

livre d'analyse techniqueCette page est extraite du livre "Découverte de l'analyse technique" d'Antoine Dublanc avec l'autorisation de Valor Editions par l'intermédiaire de l'Institut de la Bourse.

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