L'analyse technique dans les années 90

L'analyse technique DANS LES ANNEES QUATRE-VINGT DIX

La question qui est sur toutes les lèvres, pour reprendre la formule de Michael Steinhardt, est de savoir si la raison même du succès de "analyse technique ne porte pas en elle les germes de son échec.

L'histoire a un antécédent; celui de la Theorie de Dow que documenta le père de l'école fondamentale, Benjamin Graham, dans L'Investisseur Intelligent. Voilà ce qu'il disait pour expliquer les résultats décevants enregistrés dans les années trente de cette méthode technique qui avait pourtant signalé le krach de 1929:

« A notre avis, après une étude approfondie du phénomène, la détérioration des résultats de la théorie de Dow ne tient pas du hasard. Elle démontre une caractéristique inhérente à la prévision et aux formules de trading appliquées aux domaines des affaires et aux marchés financiers. Ces formules gagnent des disciples parce qu'elles ont bien marché pendant un certain temps, ou alors plus prosaïquement parce qu'elles se sont ajustées de façon plausible aux statistiques de marché historiques. Mais au fur et à mesure que leur acceptation s'élargit, leur fiabilité diminue. A cela deux raisons: d'abord le passage du temps amène de nouvelles conditions pour lesquelles les anciennes formules ne sont plus adaptées. Ensuite, en matière de marchés boursiers, la popularité même d'une théorie de trading a une influence sur le comportement du marché. Cette caractéristique lui ôte à terme ses capacités à générer des profits. La popularité d'une théorie comme celle de Dow semble créer sa propre justification puisqu'elle fabriquera l'avancée ou le déclin du marché grâce à l'action de ses suiveurs dès qu'un signal d'achat ou de vente est lancé. De telles fuites en avant représentent plus de dangers que d'avantages pour les suiveurs. »

Pour tenter de répondre à ces critiques justifiées, l'analyste des années 90 devra emprunter de nouvelles voies. Beaucoup pensent que cette fin de siècle verra la réconciliation des techniciens et des fondamentalistes.

Déjà dans les années 80, les Quants autrement dit les analystes quantificateurs ont commencé à brasser l'information fondamentale en utilisant les méthodes statistiques employées par les techniciens. Les modèles de ces derniers, comme par exemple ceux d'Elaine Garzarelli chez Lehman Brothers, associent souvent avec bonheur une information technique de marché à une information macro-économique quantifiée.

Dans son nouveau livre Intermarket Technical Analysis chez Wiley, John Murphy réconcilie lui aussi l'analyse technique avec la prévision économique. Il documente les liens fondamentaux existant entre les différents marchés.

Parce que les marchés obligataires qui influencent les bourses sont eux mêmes influencés par les marchés des matières premières et ceux des devises, l'analyste devra intégrer ces autres marchés dans ses prévisions. La nouvelle génération de produits informatiques utilisant l'intelligence artificielle tâche de répondre à des exigences sans cesse plus grandes en permettant l'élargissement du champ des données utiles aux données fondamentales et en tentant de créer une informatique ayant les capacités d'émuler le cerveau humain. L'ordinateur sera un trader froid sans émotions qui pourra cependant définir ses propres règles prévisionnelles et, plus important encore, les rendre dynamiques.

Il est une limite conceptuelle aux prédictions financières et économiques dont George Soros s'est, lui aussi, fait l’écho dans The Alchemy of Finance et qu'il nomme la réflexivité. Le concept de réflexibilité est défini par deux fonctions:

  • l'une, la fonction cognitive ou passive, représente notre façon de penser ou de voir les choses, elle détermine la façon dont la bourse évalue les titres financiers. Cette fonction évolue par à coups au fur et à mesure du passage des modes d'investissement,
  • et l'autre, la fonction active, est celle qui mesure l'impact de nos raisonnements sur le monde et sur les marchés.

Dans la fonction passive, "la perception des participants dépend de la situation (des marchés)" et dans la fonction active, "la situation est elle même influencée par la perception qu'en ont les participants", Il y a donc une réflexibilité permanente entre les deux fonctions pour lesquelles la variable indépendante ou déterminante de l'une devient la variable déterminée ou dépendante de l'autre. Cette interférence permanente entre les marchés et les opérateurs que Graham a illustrée sur la théorie de Dow est à l'origine du paradoxe qui rend particulièrement vaine la recherche d'une martingale pour jouer les marchés.

L'analyse des marchés de demain, à la fois fondamentale et technique, tentera donc avec l'aide de l'intelligence artificielle d'apporter des réponses qui ne pourront être que provisoires et dynamiques. Le but sera d'ajuster les méthodes de prévision (la fonction active) à un cadre évolutif (je notre façon de voir les choses). L'ultime challenge que nous lance le marché dans ce jeu d'échec électronique et planétaire, c'est qu'il fait comme s'il en changeait les règles au fur et à mesure que la majorité les découvre. L'analyse technique nous permettra-t'elle d'être toujours en avance d'une étape sur les autres?

Le débat reste ouvert, une chose est sûre cependant: la négliger c'est se condamner à partir avec un lourd handicap sur les marchés financiers des années futures.


Sommaire : Analyse technique

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Livre d'analyse technique

livre d'analyse techniqueCette page est extraite du livre "Découverte de l'analyse technique" d'Antoine Dublanc avec l'autorisation de Valor Editions par l'intermédiaire de l'Institut de la Bourse.

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