Le cycle de la monnaie et du crédit dans un marché monétaire libre
Mises et Hayek furent les principaux défenseurs d'une monnaie libre de toute influence des régulateurs publics. Voici un résumé de leur modélisation du cycle de la monnaie et du crédit dans un marché libre, de fait parfois appelé "cycle autrichien".
Imaginons une société dans laquelle le stock de monnaie disponible serait à peu près stable (nous verrons comment ultérieurement). Dans cette société, les banques n'auraient pas la possibilité de créer ex-nihilo une monnaie de crédit pour alimenter le compte d'un individu ou d'une entreprise.
Dans un tel système, l'existence du crédit est liée à la propension des agents économiques à vouloir prêter de l'argent à des tiers. Si les agents économiques veulent consommer peu, et donc épargner beaucoup, alors beaucoup de monnaie se présente aux guichets des établissements de crédit. Pour pouvoir la prêter, les prêteurs, ou plus généralement les intermédiaires gérant les opérations de prêt (les "banques"), doivent en baisser le prix. Les taux d'intérêts tendent à baisser. Des entreprises sont alors prêtes à investir pour découvrir les produits nouveaux, ou meilleurs, ou moins chers, qui ramèneront les consommateurs dans les magasins.
Lorsque ces produits sortent, la propension à vouloir consommer augmente, aidée par la baisse des taux d'intérêts qui permet aussi d'alimenter le crédit à la consommation. De fait, l'épargne prête à s'investir diminue. Les taux tendent à augmenter. Les entreprises investissent un peu moins: cela tombe bien, les clients sont dans une phase où ils sont plutôt satisfaits du choix qui est le leur.
Puis, sous le double effet de la satiété et de l'augmentation de la rémunération de l'épargne, les agents économiques se remettent à épargner. Et le cycle peut recommencer.
Dans un tel système, on voit que le cycle du crédit est parfaitement équilibré: lorsque les individus tendent à privilégier la consommation, l'incitation à l'investissement est réduite, et lorsque les individus sont en attente d'évolution des offres, l'incitation à l'investissement est augmentée.
Naturellement, dans le monde réel, le cycle peut connaître des à-coups. Et la tendance haussière ou baissière des taux n'est pas uniforme mais est la résultante de micro-tendances propres à chaque secteur d'activité, à des "trends" de consommations différents entre bassins d'emploi, styles de vie, etc... L'envie de consommation de produits électroniques et de voyage peut être forte alors que l'envie d'automobiles est moins importante, et vice versa.
Le taux d'intérêt ainsi déterminé sur un marché libre est le résultat de millions de décisions individuelles qui s'inscrivent dans autant de "micro-cycles" qui, assemblées, créent une tendance générale. Il permet de donner un signal assez clair aux investisseurs sur l'opportunité ou non d'investir, mais évidemment, il n'évite pas l'obligation, pour l'investisseur, d'étudier son marché pour savoir si le temps est au renouvellement massif du parc automobile ou au développement de l'immobilier...
Dans ce cycle, la banque prêteuse n'a qu'une seule ressource, la monnaie épargnée par ses clients: l'épargne précède le crédit ! Elle détermine à la fois le taux de rémunération de l'épargne (à son passif) et le taux du crédit (à son actif) par la nécessité à la fois d'attirer des clients épargnants, ce qui détermine un "cout de sa ressource", et de trouver des emprunteurs, ce qui détermine un rendement des emplois. La banque fait ses affaires à la fois en facturant ses services (mise à disposition d'instrument de paiements) et en réussissant à payer plus cher qu'elle n'épargne. Le taux d'intérêt consenti à l'emprunteur comprend donc les éléments suivants :
- Le coût de la ressource : rémunération de l'épargne. C'est évidemment le principal poste de prix de revient de la banque.
- Le coût de son intermédiation dans les opérations de crédit : "marge d'intermédiation". Elle doit conserver cette marge aussi faible que possible, concurrence oblige.
- Le coût d'assurance: si un prêteur ne rembourse pas sa dette, la banque se retrouve dans une situation difficile. Elle doit donc d'une part bien sélectionner à qui elle prête, mais aussi faire payer à tous ses clients emprunteurs un surcroît de taux destiné à couvrir le risque de défaillance d'une petite partie d'entre eux. Elle doit donc rechercher le bon équilibre entre risque pris en prêtant, et expansion de son volume d'affaires, pour maintenir ce coût d'assurance à des niveaux acceptables. Ce coût est généralement fonction des caractéristiques de l'emprunteur et du prêt.
- Une petite marge bénéficiaire, parce qu'il faut bien rémunérer les investisseurs propriétaires de la banque. Sinon, qui voudrait se lancer dans un business pareil, je vous le demande ?
Vincent Benard
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Sommaire : Macro Economie
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- Le cycle de la monnaie et du crédit dans un marché monétaire libre
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Vincent Benard