Sur le marché des changes, le changement de ton de la BCE profite à l'euro

Fri, 08 Apr 2011 14:00:00 +0200

Sur le marché des changes, le changement de ton de la BCE profite à l'euro

Marchés actions :

Cette semaine l'actualité était largement tournée sur l'Europe, les opérateurs anticipant depuis plusieurs mois une hausse des taux de la Banque Centrale Européenne (BCE). L'annonce de ce jeudi d'un relèvement de 25 points de base portant le taux directeur de 1% à 1,25% n'a pas surpris les marchés, la BCE prenant l'initiative de mettre fin à une politique monétaire accommodante. L'inflation actuelle en Europe ne cesse de s'accélérer dépassant le seuil des 2% fixé par les autorités monétaires. Jean-Claude Trichet, Président de la BCE a actionné ce levier envoyant un signal clair pour lutter contre l'inflation. Alors que les taux étaient restés à des niveaux historiquement bas reflétant une économie en récession, le retour de statistiques économiques favorables et d'une certaine dynamique économique ont encouragé la Banque Centrale Européenne à opter pour ce resserrement monétaire. Les regards des opérateurs se sont également tournés vers la situation du Portugal qui a officiellement demandé de l'aide à l'Union européenne et au Fonds Monétaire International (FMI). Dans cette situation, les indices ont évolué avec prudence durant toute la semaine.

Malgré un regain de tensions en zone euro, le marché parisien avait terminé la semaine dernière sur une note positive, porté par les bonnes statistiques sur l'emploi aux États-Unis. Le CAC 40 s'était alors adjugé une hausse de 1,64% à 4054,76 points. Dès lundi, dans des volumes d'échanges faibles de moins de trois milliards d'euros, reflétant la prudence des investisseurs, l'indice parisien s'est replié. La dégradation de la note de la dette souveraine du Portugal a pesé sur les cours et notamment sur les valeurs bancaires. Ce début de semaine poussif est à l'image de l'évolution de l'indice sur ces cinq derniers jours, hésitante. En rythme hebdomadaire le Palais Brongniart arrive tout juste à l'équilibre s'adjugeant 0,15% à 4060,79 points à la mi-séance ce jour. Le marché parisien s'est cherché une tendance durant ces derniers jours mais dans un marché atone, il a seulement réussi à sauvegarder le seuil des 4050 points.

Ailleurs en Europe, la tendance était identique. A Francfort, le Dax des trente valeurs vedettes avance de 0,52% sur la semaine à 7217,45 points. L'indice vedette européen a évolué positivement grâce à la bonne orientation des commandes à l'industrie qui ont grimpé de 2,4% sur le mois de février après une hausse précédente de 3,1% sur janvier. Ce chiffre a largement dépassé les attentes des analystes qui attendaient une progression de 0,5%. Cela démontre très clairement une reprise de l'économie allemande et notamment de la demande intérieure qui permet de compenser la baisse relative des commandes à l'exportation, généralement catalyseur de l'économie outre-Rhin. La production industrielle allemande s'est également bien comportée puisqu'elle a augmenté de 1,6% en rythme mensuel sur février après une croissance de 2% sur janvier. La production a été soutenue par le secteur de la construction qui a progressé de 3,4% et par les secteurs manufacturier et énergétique qui ont respectivement augmenté de 1,4% et 1,2%. Le Dax a retrouvé dans la semaine la barre des 7240 points touchant au plus haut intraday les 7242,69 points. A Londres, le Footsie 100 des principales valeurs a gagné 0,87% à 6062,26 points alors que l'actualité au Royaume-Uni était focalisée sur la Banque d'Angleterre (BoE). La politique monétaire a été maintenue, le taux directeur restant à 0,50%, un niveau figé depuis mars 2009. L'inflation continue de s'accélérer au Royaume de Sa Majesté, en février elle était ressortie à un niveau inédit de 4,4%. Les inquiétudes demeurent alors que la situation économique s'est contractée sur le quatrième trimestre de 2010 avec un Produit Intérieur Brut (PIB) en repli de 0,5%. Le 27 avril prochain, les statistiques sur le PIB du premier trimestre 2011 seront dévoilées. Dans ce pessimisme ambiant, une bonne nouvelle est venue du côté de l'indice PMI des services qui a atteint 57,1 sur le mois de mars contre 52,6 en février soit un niveau le plus élevé depuis treize mois.

Sur le dossier des dettes souveraines, après la Grèce et l'Irlande, le Portugal vient de demander à son tour une aide financière à l'Union européenne et au Fonds Monétaire International. L'enveloppe pourrait atteindre un montant d'environ 80 milliards d'euros dans le but d'améliorer la situation budgétaire de l'État lusitanien. Les craintes de contagions à d'autres pays comme l'Espagne sont réapparues néanmoins, le gouvernement espagnol a tenté de rassurer les marchés ce jour. En effet, par la voie de sa ministre de l'Economie, Elena Salgado, l'Espagne a indiqué ne pas avoir besoin d'aide financière alors qu'elle vient tout juste de placer quatre milliards d'euros de bons à trois ans à 3,601%, un taux en baisse par rapport à l'émission précédente en date du 03 mars dernier. Avec un taux de chômage à 20,33% et un PIB terne, la situation financière de l'Espagne reste inquiétante alors que la recapitalisation des caisses d'épargne (cajas rurales) a déjà coûté 17,5 milliards d'euros au gouvernement. L'agence de notation financière Moody's estime quant à elle un besoin de 50 milliards d'euros.

Outre-Atlantique, les indices ont évolué sans grande tendance. La journée de lundi a été marquée par l'intervention de Ben Bernanke, Président de la réserve fédérale américaine (FED). Ce dernier a estimé que l''inflation actuelle était transitoire mais que néanmoins elle pourrait nécessiter un relèvement des taux si elle continuait à progresser à des niveaux élevés. Pour rappel l'inflation est ressortie à 1,6% aux États-Unis sur le mois de février contre 1,2% le mois précédent. Dans ce contexte, les indices évoluaient autour de l'équilibre. En rythme hebdomadaire, le Dow Jones Industrial Average a réussi à grappiller 0,26% à 12409,49 points revenant même sur un plus haut intraday à 12450,93 points. Le Nasdaq Composite des valeurs technologiques s'est quant à lui adjugé 0,23% à 2796,14 points. Le Standard & Poor's 500, plus large, a gagné 0,08% à 1333,51 points proche des 1343,80 points au plus haut le 14 février 2011. Les résultats trimestriels des entreprises la semaine prochaine pourraient permettre à l'indice de revenir vers les 1400 points. Malgré le bon chiffre des nouvelles demandes d'allocations-chômage qui sont ressorties en baisse à 382 000 nouvelles inscriptions hebdomadaires contre 385 000 attendu par les analystes et 392 000 la semaine précédente, les indices n'ont pas réussi à trouver le catalyseur nécessaire pour s'orienter sur une nouvelle dynamique. L'annonce d'un nouveau séisme au nord du Japon a fait planer de nouvelles inquiétudes et a pesé sur la séance de jeudi.

Forex :

Cette semaine, le retour de la confiance des investisseurs sur les marchés s'est confirmé. L'optimiste des opérateurs s'est traduit par une hausse de l'appétit pour le risque ce qui profite aux devises à plus forts rendements telles l'euro, la livre sterling et le dollar australien au détriment des devises refuges telles le dollar, le yen et le franc suisse. La réunion mensuelle de la Banque Centrale Européenne de jeudi a rythmé l'actualité sur les marchés des devises.

L'EUR/USD, principale paire de devise concernée par cette actualité, a poursuivi son appréciation face au billet vert. Dès lundi, la monnaie européenne s'échangeait aux alentours des 1,4230 dollar. L'euro était soutenu par le commentaire de William Dudley, Président de la FED de New York, qui remettait en cause les perspectives d'une normalisation de la politique monétaire américaine avant la fin de l'année 2011. De plus, les anticipations des investisseurs sur une hausse des taux de la BCE de 25 points de base se confirmaient et se trouvaient conforter suite aux différentes déclarations des membres du directoire favorable à un resserrement monétaire. Jean-Claude Trichet avait lui-même exprimé ses craintes sur l'accélération de l'inflation en zone euro sortie à 2,6% en mars contre 2,4% en février, largement au-dessus de l'objectif fixé par la BCE, proche mais inférieure à 2%. Mardi, Ben Bernanke, Président de la FED déclarait au cours du procès verbal de la réunion du FOMC, qu'il mènerait son programme de rachats d'obligations du Trésor américain jusqu'à son terme. Ces propos soutenaient la monnaie européenne face au billet vert, s'échangeant proche des 1,43 dollar, un plus haut depuis 15 mois. Alors que le Portugal s'était résolu à demander une aide financière, la monnaie européenne ne semblait pas être fragilisée. La vigueur de l'euro témoignait du retour de la confiance des investisseurs qui misaient sur une hausse des taux de la BCE de 25 points de base prévue le jeudi 7 avril à 13h45. La monnaie européenne prenait son envol dès mercredi soir en s'échangeant proche des 1,4350 dollar. Jeudi, sans surprise la BCE a relevé l'ensemble de ses taux d'intérêt de 25 points de base. Ce relèvement des taux de la part de l'Institution Européenne est une situation inédite puisque jamais depuis la création de la zone euro, la BCE n'a relevé ses taux d'intérêt avant la Réserve fédérale américaine (FED). Ce vendredi, l'euro se négocie autour des 1,44 dollar. Jean-Claude Trichet a affirmé au cours de son discours qu'il n'avait pas l'intention de poursuivre une hausse des taux à court terme. Cependant, plusieurs analystes pensent que ce premier resserrement monétaire pourrait être le début d'une série de hausse pouvant porter le taux directeur entre 1,75% et 2% à la fin de l'année 2011.

Par ailleurs, le dollar australien était sous les feux de l'actualité. Chaque jour l'Aussie a battu des records historiques face au billet vert. Ce vendredi la paire AUD/USD a atteint les 1,0553 dollar, un plus haut depuis 1983. Plusieurs analystes ont anticipé une hausse du dollar australien aux environs des 1,08 dollar. Plusieurs catalyseurs peuvent expliquer cette appréciation. Le premier vient du taux d'intérêt fixé à 4,75% et laissé inchangé par la Banque Centrale Australienne mardi matin. Ainsi le dollar australien bénéficie d'un différentiel de taux qui lui est favorable par rapport aux autres monnaies, en particulier le dollar et le yen. Les investisseurs peuvent donc appliquer des stratégies de carry trade, méthode qui consiste à emprunter des monnaies à faibles rendements et les vendre en achetant des devises qui bénéficient d'un taux d'intérêt plus élevé. De plus, le dynamisme de l'économie australienne s'est confirmé cette semaine suite à l'annonce mercredi 6 avril, de la baisse de son taux de chômage à 4,5% en mars contre 5% en février. Autre catalyseur qui soutient la devise australienne, la montée du prix des matières premières. En effet, les exportations australiennes sont composées aux trois quart de matières premières principalement du charbon, du fer, de l'or et de l'argent. Cependant, les investisseurs resteront attentifs à la situation en Chine qui a relevé son taux d'intérêt de 25 points de base à 6,31% ce qui pourrait mettre à mal sa croissance. En effet, cela pourrait affecter le dynamisme de l'économie australienne dont plus de 50% des exportations sont destinées à l'Asie.

De son coté, la devise nippone s'est nettement dépréciée face à ses deux principales contreparties, l'euro et le dollar. Face au billet vert, la devise japonaise s'installe au-dessus des 85 yens pour un dollar contre 83 yens la semaine dernière. Comme face à la monnaie européenne, la devise nippone a perdu du terrain et est passée de 119,50 yens à 122,80 yens pour un euro. Cette dépréciation s'explique par la décision de la Banque du Japon (BOJ) de poursuivre ses mesures d'assouplissements monétaires afin de soutenir l'économie japonaise alors qu'un nouveau séisme a touché, jeudi soir, le nord du Japon. Sans surprise, la Banque centrale du Japon a laissé son taux inchangé à 0,10% à la fin de sa réunion mensuelle qui s'est déroulée sur deux jours entre mercredi et jeudi.

Enfin, on peut noter la forte appréciation de la livre sterling face au billet vert atteignant les 1,6429 dollar ce vendredi, soit un plus haut depuis janvier 2010. La monnaie de Sa Majesté a profité de la hausse de l'appétit pour le risque de la part des investisseurs. Alors que la Banque centrale d'Angleterre (BoE) a laissé son taux d'intérêt inchangé à 0,5%, la BoE pourrait dans les mois à venir emboiter le pas de la BCE et devancer la FED sur une normalisation de sa politique monétaire.

Matières Premières :

Concernant les matières premières la semaine a été marquée par de nouveaux records. Du coté du pétrole, la hausse des prix a été soutenue par les conflits toujours préoccupants dans certains pays exportateurs. A New-York, le contrat Future Light Sweet Crude a atteint plus de 110 dollars, un record depuis septembre 2008 alors que le Brent de la Mer du Nord a bondi à 123,68 le baril. Concernant le niveau des stocks, l'Agence américaine de l'information sur l'énergie (EIA) a affirmé que les stocks de pétrole brut aux Etats Unis ont gagné 1.95 million de barils la semaine précédente, tandis que les stocks d'essence et de produits distillés ont respectivement augmenté de 357 000 et 195 000 barils.

L'annonce de la hausse des taux directeurs de la part de la Chine et de la Banque Centrale Européenne cette semaine est susceptible d'être défavorable à la croissance de ces zones et pourrait potentiellement influencer à la baisse le cours de l'or noir. Cependant celui-ci ne semble pas être affecté par ces annonces, preuve que la situation dans le monde arabe reste encore bien présente dans les esprits alors même que la production de pétrole en Lybie a été réduite de 80%. Des accusations ont par ailleurs été émises par le gouvernement Libyen affirmant que les forces britanniques ont bombardé des installations pétrolières dans le sud-est du pays.

Pour les métaux précieux, la hausse de l'or semble difficile à combattre. Les niveaux d'inflation élevés et les difficultés économiques rencontrées par différents pays, notamment le Portugal et les pays d'Afrique, confortent le métal jaune dans sa place de valeur refuge. Celui-ci atteint de nouveaux records à 1467.90 dollars l'once. Au même titre, l'once d'argent progresse à 40.17 dollars. L'émission obligataire portugaise intervient alors que le pays a vu sa note abaissée par l'agence de notation Moody's passant à Baa1. Cette demande d'aide extérieure a été bien reçue par les marchés mais illustre la difficulté du Portugal à améliorer sa situation économique. Par ailleurs, un risque de contagion sur d'autres pays européens n'est pas exclu. On pense notamment à l'Espagne qui, malgré des mesures importantes pour renforcer son budget, présente toujours un déficit inquiétant.

Le cuivre affiche une belle progression grimpant à 4,48 dollars la livre pour le contrat Future à échéance Mai 2011 appuyé par la situation Japonaise. Le Japon a fait face une nouvelle fois à un séisme ce jeudi de magnitude 7.5. Cet événement intervient alors même que le pays tente de se reconstruire après les catastrophes survenues il y a quelques semaines. Les prévisions de croissance du Japon sont clairement revues à la baisse. Les dégâts sont estimés entre 200 et 300 milliards de dollars environ incitant les investisseurs à spéculer à la hausse sur le cuivre.

Les soft commodities font également l'actualité cette semaine à l'image du sucre européen. Le continent européen, principal producteur de sucre dans le monde a vu sa production de sucre diminuée de façon importante en raison de conditions climatiques défavorables. Ainsi, au lieu des 13.3 millions de tonnes de sucres attendues cette année, seules 11.5 millions de tonnes ont été produites, poussant les prix à la hausse.

HeurePaysSTATISTIQUES / EVENEMENTS
IndicateurPériodePrévisionPrécédentPertinence
Lundi 11 avril
1:50Commandes Machines (GM)Février-0,9%4,2%4
8:45Production industrielle française (GM)Février0,4%1,0%4
Mardi 12 avril
10:30Indice des prix à la consommationMars0,6%0,7%5
10:30Balance commercialeFévrier-8,25B-7,057B4
11:00Sondage ZEW (sentiment économique)Avril12,014,15
14:30Balance commercialeFévrier0,8B0,1B5
14:30Balance commercialeFévrier-44,3B-46,3B5
15:00Annonce des Taux directeur de la Banque du Canada12 Avril1,0%1,0%5
Mercredi 13 avril
9:15Indice des prix à la production (GM)Mars 0,2%4
10:30Variation demandes d'allocations-chômageMars-3,0K-10,2K5
11:00Production industrielle (GM)Février0,7%0,3%4
14:30Ventes au détail hors autosMars0,7%0,7%5
16:00Stocks d'entreprisesFévrier0,8%0,9%4
16:30Rapport de politique monétaire de la Banque du Canada5
20:00Livre Beige de la FED4
Jeudi 14 avril
10:00Rapport mensuel de la Banque Centrale Européenne4
14:30Nouvelles demandes d'allocations-chômage9 Avril 382K5
14:30Indice des prix à la production hors alimentation et énergie (GM)Mars0,2%0,2%5
Vendredi 15 avril
4:00PIB (GA)Q19,4%9,8%5
4:00Indice des prix à la consommation (GA)Mars 5,2%4,9%5
4:00Indice des prix à la production (GA)Mars7,2%7,2%4
4:00Production industrielle (GA)Mars14,0%14,9%4
11:00Indice des prix à la consommation (GM)Mars1,3%0,4%5
14:30Indice des prix à la consommation hors alimentation et énergie (GM)Mars0,2%0,2%5
14:30Empire ManufacturingAvril17,817,54
15:00Flux TIC long-terme netsFévrier 51,5B4
15:15Production industrielleMars0,5%-0,1%5
15:15Utilisation des capacitésMars77,4%76,3%4
15:55Indice de confiance de l'Université du MichiganAvril69,067,55
Degré de pertinence pour les marchés : Très forte Forte/Moyenne à Forte Moyenne